Depuis toujours, les murs forment un endroit propice à l'expression. Des grottes préhistoriques jusqu'au street art-d'aujourd'hui, en passant par l'Antiquité et le Moyen Âge, l'espace urbain a toujours été le lieu d'une parole, entre hommages et dénonciations.
Le terme fait référence habituellement à l'art non-autorisé, non-conforme aux initiatives sponsorisées par un gouvernement. Le street-art en tant qu' expression de dénonciation, existe depuis maintenant plusieurs décennies.
C’est aux états-Unis, au début des années 1970, que les premiers" writers" apparaissent et écrivent leur nom partout dans les villes et surtout sur le métro New-Yorkais.
"Taki 183" est le premier dont on ait parlé ; il écrit son nom et son numéro de rue partout où il va. Il dit que c’est quelque chose qu’il est obligé de faire. Son « TAKI183 » apparaît dans les gares et les métros, sur les murs de Broadway, à l’aéroport international Kennedy, dans le New-Jersey, dans le Connecticut et dans les quartiers privilégiés de Ney-York. Les autres jeunes de son quartier sont fiers de lui. Des milliers d'adolescents l'imitent réclamant leur quart d'heure de célébrité. Ainsi, ces jeunes tagueurs qui ont assimilé les numéros de leurs rues à leur pseudo, se font connaitre et reconnaître par les tags. A cette période, on peut dire que le tag ou le graffiti est issu d'une véritable culture embrassée par la jeunesse qui est celle du Hip-Hop, elle aussi musique d'expression et danse de rue. Malgré les critiques, l'art de rue était né ! Petit à petit, on y retrouve une valeur intellectuelle, inspirée par une dénonciation politique ainsi que de l'humour et la poésie.
Mais attention aux amalgames. Un graffiti n'est pas un tag. Les deux ne recouvrent pas la même signification. Si un tag est une simple signature, le graffiti est un dessin avec une signature ou autour d'une signature. Les tagers étant de plus en plus nombreux, on assiste à une " guerre de style" de plus en plus compétitive. La presse, les sociologues et les intellectuels de l'époque commencent à s'intéresser à ce moyen d'expression.
Les artistes graffeurs ont amélioré en quelques années leur art avec de nouveaux styles, formes et couleurs, peint de façons humoristique et légère. Colorés et déjantés les graffitis ont alors un certain succès pour une partie de la société dévoilant alors un art jusqu'alors méconnu.
Au milieu des années 1980, la guerre contre ces tags est déclarée. Les sanctions sont lourdes et petit à petit les tagers se font moins nombreux.
En parallèle, dans les années 80 le graffiti arrive et se diffuse en Europe.
L'East Side Gallery, morceau du mur de Berlin de 1.3 km, dont les premières fresques sont apparues en 1989 après la chute du mur, est une référence en matière de street art. Elle est constituée d’une centaine de peintures réalisées et signées par des artistes du monde entier (118 artistes de 21 pays)
Ces fresques commémorent ainsi la chute du Mur, le manque de libertés, la vie en RDA, la séparation des Berlinois et l’unité retrouvée et elles apportent un message pacifique. L’East Side Gallery est un monument en l’honneur de la liberté. Les peintures reflètent le changement et expriment l’espoir d’un avenir meilleur pour tous les peuples du monde.

Au fil du temps, les figures du mouvement, tels Jean-Michel Basquiat, ou Banksy, se sont réapproprié le graffiti pour créer un véritable art politique en investissant l’espace public, en dehors de la galerie. Certains artistes de Street Art ont ainsi produit des oeuvres politiques, avec l’exemple du graphiste Shepard Fairey (OBEY) aux Etats-Unis.
Nous avons précédemment vu que le street art a su s’adapter et s’élever au rang de mouvement artistique vis-à-vis du marché de l’art. Par conséquent, ces artistes ont montré une véritable capacité à adapter leur travail et à passer d’un pratique artistique illégale à une production d’œuvres commercialisables. C’est le passage de la rue au studio!
En 2001, Agnès B. affiche le street art dans sa «galerie du jour». JonOne, Mist, OS Gemeos et Zeys sont réunis pour une grande présentation collective. En 2009, le Grand Palais expose pendant plus d'un mois 150 tagueurs internationaux. Commence alors une véritable reconnaissance officielle et publique. Quelques mois plus tard, une autre exposition à la fondation Cartier, «Né dans la rue», permet à nouveau de mettre l'art de rue sous les projecteurs.
Depuis, les grandes rétrospectives autour du street art se multiplient. Aujourd'hui, établi comme un savoir-faire à part entière, l'art urbain voit naître une nouvelle génération de peintres. Et ceux-ci n'ont plus pour idoles Picasso et Matisse, mais Bansky et Miss Tic.
Xavier Niel, patron de Free et collectionneur a ouvert une exposition permanente de ses 150 œuvres au sein de son école d'informatique à Paris où, 1 fois par semaine, on peut venir gratuitement les admirer.
Depuis 2002, ce mouvement contestataire a explosé sur le marché de l’art contemporain, marquant de nombreux records dans les salles de vente, avec en tête son principal représentant, Banksy. De plus, depuis le succès mondial de Banksy, il ne se passe pas une semaine sans que l’on entende parler d’événements liés au street art et à l’art urbain dans les médias.
La présence du street art s’étend maintenant de la rue aux collections de riches investisseurs reflétant donc un embourgeoisement de ce mouvement venu de la rue. Et malgré l’antagonisme entre le street art et le monde du marché de l’art, il a commencé à s’infiltrer dans les galeries du monde entier se légitimant du point de vue artistique et commercial.


Petite histoire du street-art
